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'Un état un peu honteux'


Le burn-out touche des personnes "extrêmement investies et dont la place du travail dans la construction mentale est très importante", a souligné lors d'un récent colloque Magalie Giné, psychologue clinicienne du travail. Médecin du travail, Agnès Martineau-Arbes, relève que le sur-engagement au travail est le point commun à toutes les personnes qui développent un burn out. "Mais, avant le sur-engagement, il y a l'engagement. La personne s'éclate, aime ce qu'elle fait, a du plaisir. Et, à un moment donné, pour X raisons - un  changement de poste, de chef, une restructuration -, elle va rentrer dans un cercle vicieux", explique-t-elle. Le plaisir va chuter petit à petit pour faire place à l'anxiété. La  personne va développer des signes physiques et commencer à voir qu'elle n'est plus aussi efficace et entrer dans une "phase d'obstination frénétique".
Des troubles de concentration vont survenir, des erreurs... "La personne va mettre une telle énergie pour lutter contre ça, qu'elle sera épuisée sur le plan émotionnel et physique", poursuit le médecin du travail.
Les signes avant-coureurs sont: fatigue chronique, insomnies, migraines,  pertes de mémoire, mal de dos, ulcères, crises de larmes, irritabilité, bouffées d'angoisse ou de panique...
Et, une fois que tout retour au travail est devenu impossible, la guérison prend des mois et des mois. Pour Léa G., 41 ans, cela a pris au moins deux ans...
"L'état de burn-out isole énormément, c'est un état un peu honteux, on est pas fier d'être dans cet état. J'aurais largement préféré travailler",  assure-t-elle. Avec le recul, elle estime qu'elle était beaucoup trop investie dans son travail :"j'étais la première arrivée au travail et la dernière partie".
"Il a fallu m'extraire de la société pour que je commence à m'en sortir et, en même temps, ne plus y être était une souffrance. On m'arrachait d'un endroit où je passais un temps fou", confie-t-elle. Depuis, la cadre supérieure se reconstruit. Elle a obtenu un licenciement  pour inaptitude. "C'est déjà une reconnaissance que c'est vraiment le milieu
professionnel qui a fait en sorte que je n'étais plus apte à faire mon travail".
Mais pour elle, cela ne suffit pas, elle réclame une reconnaissance par la Sécurité sociale que son syndrome relève d'une maladie professionnelle. A l'heure actuelle, seuls quelques dizaines de cas par an obtiennent cette reconnaissance. Il faut que la maladie entraîne une incapacité permanente de plus de 25% et qu'un lien "direct et essentiel" avec le travail soit mis en évidence, selon les dispositions en vigueur.

Témoignages audio RTL


Le 2 mai 2011, la FNATH a organisé une journée en partenariat avec la radio RTL sur la souffrance au travail. A cette occasion de nombreuses personnes ont pu témoigner.

Eric Vagnier | 02/05/2011 - 11h21 - Télécharger
L'exemple de Sandra, victime de harcèlement, qui vit un calvaire

Arnaud Grange | 02/05/2011 - 11h24 - Télécharger
Après des années de harcèlement, Paul remonte la pente : il se sent mieux et veut que son expérience soit utile

Vincent Parizot | 02/05/2011 - 11h26 - Télécharger
Le Débat de RTL : avec Arnaud de Broca, secretaire général de la FNATH, association des accidentés de la vie

8 années de procédure
Mon mari s’est pendu à la maison. Sa situation professionnelle s’est dégradée deux ans auparavant, lorsqu’il a été l’objet de remarques incessantes ainsi que de propos insultants et dévalorisants. Cette pression s’est accentuée avec la dégradation des résultats de la société, qui lui a été plus ou moins imputée, ce qui a entraîné une première dépression. Son employeur a réduit sa rémunération, alors que son investissement professionnel était très important. La veille de son suicide, il avait encore eu deux conversations téléphoniques avec sa supérieure, qui, bien qu’en déplacement à l’étranger, l’avait rabaissé et traité d’incapable. Grâce à l’appui de la FNATH, nous avons pu faire reconnaître ce suicide en accident de travail, après 8 années de procédure !

Une veuve témoigne
Maryse a perdu son mari, il y a six ans. « Mon mari était cadre, en première ligne et en sandwich entre la direction qui déléguait et les autres salariés. Il servait de tampon, de fusible... Il a craqué. » Maryse a obtenu que le suicide de son mari soit reconnu en accident du travail, mais elle a été déboutée deux fois en faute inexcusable. « Je n’ai pas voulu aller jusqu’en cassation. D’autant que j’ai subi un cancer du sein. Je suis en invalidité depuis 2 ans. Mais je suis contente que la cause du suicide de mon mari ait été reconnue. Son entreprise s’en tire plutôt bien. Moi, j’ai tourné la page. C’est sans doute plus facile aujourd’hui de faire reconnaître un suicide en lien avec le travail. Nous, ça nous est arrivé avant que ce ne soit vraiment médiatisé ! »

Mise au placard
Andrée travaille dans le secteur privé pour un établissement public depuis 1986. A 52 ans, estimant avoir toutes les compétences pour un poste de direction, elle a postulé et fait un remplacement à ce poste pendant six mois. Espérant obtenir ce poste définitivement, elle n’a pourtant eu aucune réponse. Techniquement, elle avait parfaitement rempli ces fonctions mais ces collègues avaient mal vécu sa promotion. Ainsi, pendant cette période elle a donc subi de nombreuses vexations de la part de son entourage professionnel. Andrée est ensuite tombée malade. A son retour, elle a trouvé un courrier sur son bureau lui annonçant qu’elle ne remplissait pas les critères pour occuper le poste qu’elle convoitait. En outre le poste qu’elle occupait précédemment avait été supprimé. Son bureau était désormais occupé par la personne nommée pour la remplacer. En outre, lorsqu’Andrée a légitimement demandé des explications, son chef de service l’a agressée et lui a ordonné de s’installer dans le couloir en attendant que la situation se débloque. Cette situation s’est éternisée puis Andrée a eu un entretien à l’occasion du déménagement du service dans de nouveaux locaux. L’entretien ne s’est pas très bien passé et a conduit au craquage nerveux d’Andrée qui s’est retrouvée en arrêt de travail en mars 2007 sur conseil du médecin du travail et prescription de son médecin traitant. La FNATH l’a aidé à faire reconnaître son accident du travail.

Une rupture du contrat de travail
Barbara subit le harcèlement de son supérieur dans une petite entreprise où il n'y avait pas de délégué du personnel. Après plusieurs semaines d'arrêt et un soutien psychologique, elle commence à aller mieux. La rupture du contrat de travail est la seule issue possible, dans la mesure où elle est absolument incapable d'imaginer affronter à nouveau son employeur, de retourner dans l'entreprise, sur le lieu… L’entreprise a pris l'initiative de l'appeler pour s'inquiéter simplement de ce qu'elle devenait et cela a complètement débloqué la situation. Barbara a pu aller dans l’entreprise et il y a eu une rupture du contrat, qui s'est passée dans des conditions positives. S'il n'y avait pas eu tout ce travail de réassurance de la personne et une intervention du médecin du travail qui a parlé avec l'employeur, la rupture aurait été une inaptitude assez regrettable.

Les délégués du personnel se mobilisent
Sylvie présente une souffrance psychologique importante et ancienne, en raison du harcèlement caractérisé, par son supérieur. Il y a eu d'autres cas avant elle. Depuis qu'elle est en arrêt, une autre situation est en train de s'installer. Les collègues, préoccupées, décident de mettre en œuvre le droit d'alerte. La direction a immédiatement réagi en sanctionnant le cadre en cause. Parallèlement, les délégués du personnel ont décidé de développer l'information des salariés sur ces questions, en affichant toutes sortes de documents et en provoquant des mini-débats dans les services.



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