Vous êtes ici : > Accueil > Témoigner > Les témoignages
> Les témoignages

Daniel. 63 ans (témoignage audio)
Après 40 années passées comme technicien de maintenance sur du matériel à air comprimé, et pendant lesquelles il a utilisé des produits cancérigènes, Daniel souffre d'un cancer de la vessie.
Sa maladie déclarée comme maladie professionnelle, il tente aujourd'hui de faire reconnaitre la faute inexcusable de son employeur
Ecouter son témoignage ici >>>

Amiante: des victimes du monde entier réclament la fin de "l'impunité"

TURIN (Italie), 17 mars 2010 (AFP) - Venus d'Europe, d'Asie, d'Amérique latine, des représentants des victimes de l'amiante se sont rassemblés à Turin (nord) pour réclamer la fin de l'"impunité" et l'interdiction mondiale de la "fibre tueuse", en pleine expansion dans les pays en développement.
Cette rencontre, organisée lundi et mardi par l'association internationale Ban Asbestos (Interdire l'amiante), vise à "marquer notre détermination pour que soit brisée l'impunité des responsables de la catastrophe mondiale de l'amiante", souligne Annie Thébaud-Mony, porte-parole de Ban Asbestos France.
Ces quelques dizaines de représentants des victimes ont choisi de se réunir à Turin car cette ville est devenue un symbole de leur combat : depuis décembre s'y tient le plus grand procès jamais organisé sur le drame de l'amiante et le premier au pénal, avec environ 6.000 parties civiles.

Un homme quitte Eternit pour Creusot Loire. Malade à son tour, il évoque la lenteur, le silence des réactions par rapport au danger de l’amiante dans la ville.

Je suis entré en 1960 à Creusot Loire. J’étais au manoeuvrage. Alors, le manoeuvrage, c’était des tracteurs, des grues, et ce qu’ils appelaient des auto-portiques, c’était un engin sur quatre roues en hauteur et les charges étaient levées par le dessous, c’était automobile et on allait d’un atelier à un autre. Alors moi, j’ai été longtemps là-dedans, et c’est là que j’ai certainement eu les premiers contacts avec l’amiante au Creusot, parce que ces auto-portiques avaient un moteur V8 essence dessus et on transportait des pièces chaudes dessous. On avait un gros tablier d’amiante sous la partie cabine, sous les fesses, quoi, pour éviter que la chaleur monte. On faisait des postes de 8 heures et donc, on allait emmener des pièces qui souvent étaient froides, mais quelquefois chaudes, avec ce paquet d’amiante dessous. Alors je vous dis pas, l’amiante était tout le temps secouée, secouée, secouée, avec les secousses sur la route, et pis alors on en respirait plein pot. Là, c’était un peu le premier contact que j’ai eu avec l’amiante.
Face au scandale de l’amiante, après des années de bonheur passées avec son époux, une femme crie sa colère tout en faisant part de sa mobilisation pour cette cause aujourd’hui.

Il avait 51 ans. Il a travaillé 30 ans à l’Éternit hein ! C’était un deuxième mariage. Il était beaucoup plus jeune que moi. Quand il est mort il venait d’avoir ses 51 ans. Il est du 17 mai et il est mort le 3 juin. Il conduisait les camions. Et alors lui, il emmenait les déchets donc dans les camions bennes. Il y avait le ciment et puis l’amiante, et quand il déchargeait… Il en prenait plein ! Il fumait pas, il buvait pas, c’était un homme qu’était sain. Ils l’ont empoisonné. Mais il y en a combien déjà de l’Éternit de mort ? Il y a une semaine ils en ont enterré trois la même semaine ! C’est dingue ! Il y a plusieurs usines en France. Il y en a partout ! Et puis il y en a même de fermées. Parce que l’amiante il l’a recevait par bateau du Canada principalement, et ils la broyaient et tout. Pis bon, il y avait longtemps qu’ils en recevaient plus de Russie parce que, celle de Russie c’était de l’amiante bleue. Il y avait même une mine d’amiante en Corse ! Il y en a en Italie… il y en a… C’est international l’Éternit ! L’Éternit c’est primordial ! C’est le départ de l’amiante ! Il a des copains aussi qui sont morts. Il y a un bon copain qui mangeait avec lui à la cantine, qui mangeait à la même table, et ben, deux ans après… C’était un mésothéliome et les derniers temps oxygène 24 heures sur 24 et morphine à haute dose. Il est mort en 93.

Ancien électromécanicien, un ouvrier s’interroge sur la véritable prise de conscience de la dangerosité de l’amiante et confie son indignation sur le fait qu’elle soit encore utilisée ailleurs.

J’ai travaillé 35 ans. Lorsque j’ai été reconnu en 1994 comme ayant de l’amiante dans les poumons, je ne m’attendais absolument pas à ça. Je suis électromécanicien. Donc, j’étais au bureau en train de je ne sais pas quoi faire, le téléphone sonne et on me dit : «Dites donc, on peut vous voir ?» «Tiens ? Qu’est ce qu’il y a ?», en cours, comme ça subitement, chez Éternit, le médecin du travail était en visite avec l’infirmière… Donc moi… «Qu’est ce que c’est ? Qu’est ce qu’il se passe ?», surtout que j’avais passé la visite médicale peu de temps auparavant tout avait été très bien. Et là, il me dit : «Ah ben oui… vous voyez… on a euh… d’après la radio que vous passez tous les ans vous avez des signes comme quoi il faut que vous repassiez…. mais… ça doit pas être très grave…» Je revois le médecin et je lui dis : «Mais vous vous fichez de ma figure ? Tous les collègues que je vois décéder de l’amiante et puis vous, vous me dites que moi, c’est pas grave ? Moi c’est peut-être pas grave, mais on voit l’ampleur que ça peut prendre dans certain cas quand la maladie évolue suivant ce que c’est ! Et puis vous me dites que j’ai de l’amiante mais que c’est pas grave ? C’est une plaisanterie ?» Ah je m’étais mis en colère et il me dit «Calmez vous… calmez-vous…».Je dis : «Non mais vous vous fichez de moi !», carrément ! Alors vous voyez l’approche est assez… hein… quand on vous dit que vous avez de l’amiante mais oh… bof… c’est une plaisanterie… c’est de la rigolade… Alors quand vous y êtes depuis des années et que vous voyez vos collègues qui décèdent ou qui sont gravement malades parce que ça commence pour certains à aller pas très bien, il n’y a rien d’étonnant.

Pierric Z., 47 ans
« Mon cancer a été découvert par hasard à la suite d’un calcul rénal fin 2007. Je ne fume pas, mais je travaille dans une imprimerie depuis 24 ans. J’ai été régulièrement en contact avec du trichloréthylène et des encres qui comprennent des solvants (amines aromatiques). Ma maladie correspond au tableau 15 ter, mais il me faut prouver ce à quoi j’ai été exposé. En raison de déménagements, cessations d’activité, de rachats etc., je n’ai pu retrouver que quelques fiches de sécurité de produits parmi la multitude que j’ai utilisée. La caisse a refusé mon dossier. Selon moi, les tableaux ne sont pas suffisamment complets. Je pensais que la présomption d’imputabilité faciliterait ma tâche et que le doute était favorable à l’assuré. J’ai rencontré la FNATH à Rennes et elle m’encourage à défendre ma cause devant le tribunal des affaires de sécurité sociale (Tass). J’ai besoin de savoir et d’être reconnu. Je n’attends pas forcément beaucoup d’argent, mais je voudrais faire jurisprudence. »

Johny D. , 63 ans

« Durant toute ma carrière, j’ai été exposé aux poussières, aux colles etc. comme menuisier-ébéniste. De 1999 à 2005, j’ai consulté de nombreux médecins dans ma région (Poitou-Charentes). Mon nez me piquait et je souffrais de maux de tête terribles. En 2002, ma société a fait faillite et je me suis retrouvé en allocation équivalent-retraite à l’âge de 56 ans.

À force de consulter et devant l’incrédulité des médecins, j’ai exigé une biopsie. On m’a diagnostiqué un cancer de l’ethmoïde (sinus). Le chirurgien qui m’a pris en charge m’a dit que je n’en aurais plus eu que pour 4 mois si on n’avait rien tenté.

À la FNATH où j’adhère depuis 40 ans, je m’étais déjà sectionné 4 doigts, on m’a dit qu’en raison de mon ancienneté, je n’avais pas d’avocat à payer. On a gagné au bout de 2 ans, même si la “ Sécu ” estimait que j’avais dépassé les délais. J’ai une IPP de 40 %, je touche une petite rente mensuelle. Si je n’avais pas insisté, je ne serais plus là ! »

Claude B., 60 ans

« J’ai travaillé dans la même entreprise durant 40 ans, à plusieurs postes. Avec mes collègues, nous avons poussé pour que notre société reconnaisse le risque amiante en tant qu’entreprise utilisatrice de ce produit dangereux. Nous avons bénéficié d’un suivi médical. Pour ma part, j’ai été reconnu en maladie professionnelle avec un taux d’IPP de 8 %. J’avais des plaques pleurales. Mais j’ai adhéré à la FNATH en 2008 pour un autre pro­blème en lien avec l’amiante. Deux ans après ma mise à la retraite, on a découvert que j’avais un cancer de la vessie. Les médecins n’ont pas voulu affirmer que c’était dû à l’amiante.

Je suis donc allé voir la FNATH et grâce à eux j’ai pu être reconnu hors tableau (l’amiante n’est pas considéré comme une cause du cancer de la vessie). J’ai une IPP de 70 % avec une rente mensuelle. L’intervention chirurgicale a été assez lourde, puisqu’on m’a retiré la vessie. Si j’avais été à la FNATH plus tôt, je pense que j’aurais obtenu ma reconnaissance plus vite. »


Bookmark and Share